crète antique : exposé (partie 3)

Publié le par étudiant Architecture

Les fresques

 

  Les palais concentrent les oeuvres les plus importantes de l'art crétois: les fameuses fresques à la détrempe qui lient avec bonheur architecture et décoration.

  Dans ces scènes polychromes, la convention - les hommes ont tous la peau brune, les femmes la peau blanche - n'exclut jamais la spontanéité et le pittoresque: fresque des dauphins à Cnossos, processions rituelles et scènes de tauromachie, et jusqu'à cette «Parisienne», mutine, qui surprend par son fin visage dévoré par les yeux et le nez retroussé.

Les arts décoratifs

 

  On ne trouve pas de sculpture monumentale dans la Crète minoenne. Même la divinité se contente de statuettes de petite taille, parfois finement travaillées dans l'ivoire, comme la «Déesse aux serpents». En revanche, la céramique est omniprésente; faite au tour depuis l'époque des premiers palais, elle déploie des prouesses techniques (tasses aux parois si fines qu'on les compare à des coquilles d'oeuf), un sens remarquable du décor (motifs animaux ou végétaux merveilleusement adaptés à la forme du vase) et de la couleur.

  Mais c'est aussi en Crète qu'on trouve les plus beaux vases de pierre du monde égéen; ces derniers fournissent les rares exemples de bas-reliefs connus dans l'île («Vase des moissonneurs»). Enfin, les artistes crétois excellent dans les arts dits mineurs: la glyptique et l'orfèvrerie, dont les techniques sont empruntées à l'Orient.

  Le musée d'Héraklion présente de merveilleux bijoux: pendentif d'or de Malia dont la beauté des formes (deux abeilles stylisées) le dispute à la sûreté d'exécution; bagues - sceaux représentant, dans l'or ou la pierre, de nombreuses scènes de la vie cultuelle avec tant de précision que ces images sont une source iconographique essentielle pour l'étude de la religion.

 

 

  En Crète, la religion est omniprésente. Elle s'affirme dans les palais où nombre de pièces paraissent associées au rituel, dans les objets cultuels ou votifs retrouvés en grand nombre, enfin dans les représentations. Cette religion reste cependant sans textes, ce qui rend toute interprétation délicate.  

  Le palais est, sans conteste, un centre important de la vie religieuse et la foule s'y réunit souvent pour des célébrations et des processions, reproduites fidèlement sur les fresques. Mais le pouvoir minoen était-il une théocratie? Le terme de «roi-prêtre», utilisé par Evans pour désigner le souverain de Cnossos, n'est plus guère repris pour cette religion où les prêtresses jouent un rôle essentiel, même si on constate, au minoen récent, que le renforcement du pouvoir royal s'accompagne d'un renforcement du rituel.

De nombreux sanctuaires

 

  Mais le palais est loin d'être le seul lieu de culte: on retrouve de simples autels domestiques dans des quartiers d'habitation, et les sanctuaires représentés sont souvent de modestes enclos aux murs bas. L'archéologie a mis en évidence des «sanctuaires de sommets» aménagés au sommet de collines, surtout dans l'Est de l'île; le Centre paraît avoir donné sa préférence aux cavernes sacrées, dont près de 25 sont formellement attestées comme lieux de culte, certaines dès le minoen moyen, d'autres à partir du minoen récent seulement.  

  La caverne de Psychron, lieu d'inhumation au minoen ancien, devient à l'époque suivante un lieu de culte pour une déesse, en laquelle Paul Faure veut reconnaître Ariane; elle reste, comme beaucoup d'autres, en usage à l'époque archaïque, et quelques offrandes, encore, datent des époques classique, hellénistique et romaine. A la grotte de Zeus, sur le mont Ida, en revanche, le culte n'est attesté qu'à partir du minoen récent et les vestiges les plus nombreux datent de l'époque dite «géométrique».

Les représentations divines

 

  La figure centrale du panthéon minoen est une déesse souvent représentée avec une longue jupe à volants, un petit tablier arrondi sur le devant et un corsage ajusté découvrant largement la poitrine (Déesse aux serpents). Déesse-mère dont le culte est typique dans toute la Méditerranée à l'âge du bronze, elle incarne toutes les puissances de la terre féconde et représente la source de vie par excellence.  

  Le dieu mâle, en revanche, ne prend que tardivement forme humaine. Comme en Anatolie, il paraît avoir été d'abord exprimé par la force du taureau, toujours présent en Crète, dans une religion qui souvent fait appel aux symboles.  

  Agraire, tournée vers les mystères de la fertilité et de la fécondité, la religion crétoise s'exprime par des offrandes, des danses qui paraissent avoir été de véritables charmes de fertilité, et des «jeux» tels que combats de boxeurs ou tauromachies.  

  Dans les cérémonies l'accent est mis sur l'épiphanie - apparition temporaire d'une divinité en réponse à une prière, à un sacrifice -, et sur l'extase des fidèles en présence de la divinité.  

  Enfin, le sarcophage d'Haghia Triadha, daté du XIII
e  siècle av. J.-C., porte témoignage à la fois de libations et du sacrifice sanglant de l'animal (un taureau sans doute) accompli par des prêtres en robe rituelle.

 

 

L'activité économique

 

  L'activité économique reste importante à cette époque. La Crète est un relais sur la grande route méditerranéenne est-ouest; elle participe d'ailleurs aux fondations coloniales de Cyrène, de Gela et peut-être d'Agrigente.  

  On peut même parler d'une véritable «renaissance» crétoise. L'île joue, en effet, un grand rôle dans la structuration de la cité hellénique et dans l'élaboration de l'art grec archaïque. Drêros offre une agora primitive aux longs gradins superposés, toute proche du temple principal de la ville, sans égale à si haute époque en Grèce; de même la Crète révèle de petits sanctuaires de la fin de l'âge géométrique ou de l'âge orientalisant n'appartenant encore à aucun ordre et témoignant de recherches nouvelles sur la base du puissant héritage des temps préhelléniques: foyer central des temples de Prinias et de Drêros, banquette à offrandes de Drêros.  

  Ainsi naquirent les premiers temples grecs de plan rectangulaire, avec ouverture sur le petit côté, colonnes entourant l'autel, toit plat mais surmonté d'une double pente, sans fermeture de tympan afin que la fumée puisse s'échapper. À Prinias, un étonnant décor sculpté en faible relief dans la pierre, à Drêros la triade apollinienne sculptée dans le bronze, qualifiés de «dédaliques», attestent le rôle joué par la Crète dans le renouveau de la sculpture grecque.

Les influences extérieures

 

  La Crète n'échappe pas aux troubles qui, vers 1200, affectent le monde égéen; les sites de plaine sont abandonnés pour des cités-refuges où se perpétuent les traditions, malgré une forte influence des nouveaux venus, les Doriens.  

  Cette influence se manifeste par l'adoption quasi générale du dialecte dorien et par des institutions qui évoquent celles de Sparte. Les historiens anciens conservent l'image d'une société dominée par une aristocratie guerrière organisée en classes d'âges et d'une éducation dont le schéma rappelle celui de la grande cité du Péloponnèse.


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